Hideuses sorcières

 Longtemps persécutées, les femmes accusées de sorcellerie ont aussi fait l’objet de représentations stéréotypées. Au musée de Nantes, une exposition revient sur les racines historiques, sociales et culturelles de la figure de la sorcière.

« Les sorcières ont cessé d’exister quand nous avons cessé de les brûler », écrit Voltaire en 1733 dans ses Lettres philosophiques. Auparavant, elles existaient bel et bien. Elles ont défrayé la chronique spirituelle et judiciaire en Occident entre le XIIIe et le XVIIe siècle. Elles ont convoqué le démon dans leurs sabbats. Leurs incantations ont réveillé l’Antéchrist. Des générations d’hommes et de femmes ont tremblé devant leurs imprécations. L’Église a créé la Sainte Inquisition pour les pourchasser, les juger et, souvent, les mener au bûcher.

Les sorcières ont donc existé parce que le monde dans lequel elles vivaient croyait à la lutte entre les forces du bien et les forces du mal. Mais qui étaient ces femmes ? Quel regard l’historien, le sociologue, l’ethnologue peuvent-ils porter sur les multiples réalités que recouvre le mot « sorcière » ?

En remontant jusqu’à la déesse Hécate et aux magiciennes de l’Antiquité, l’exposition présentée au château des ducs de Bretagne à Nantes renouvelle l’image que l’on se faisait jusqu’à présent de l’univers des sorcières. Jules Michelet a été le premier à renverser l’image de la sorcière maléfique. L’histoire culturelle a ensuite établi que la société patriarcale et misogyne qui s’organise autour de l’Église catholique a besoin en contrepoint d’un monde « enchanté », empreint de culture magique, qu’il faut nécessairement combattre. La sorcière vit souvent en marge de la société, au propre comme au figuré : la forêt sombre et mystérieuse est son royaume. Elle se met au service du diable au XIVe siècle. Elle fait partie d’une secte satanique au XVe siècle. Elle est puissante, elle est libre, elle irrigue l’imaginaire. Alors, il faut la détruire.

Deux séquences multimédia racontent dans le parcours de l’exposition l’histoire de plusieurs femmes accusées de sorcellerie. Les quelque 180 objets présentés témoignent de l’extraordinaire diversité des regards que les artistes portent sur les sorcières. Sont convoqués les illustrateurs Dürer et Grien accompagnés de leurs Sorcières, Molitor et son informé Traité des sorcières, Chassériau et sa toile Macbeth et les trois sorcières. Il n’est rien qui stimule plus l’imagination d’un artiste que la figure hideuse, protéiforme, fascinante, fantasmatique de la sorcière.

Au XIXe siècle, les diseuses de bonne aventure et les rebouteuses font évoluer la représentation que l’on se fait de la sorcière. Celle-ci devient progressivement une enchanteresse, une femme de savoir que l’on consulte. C’est l’image qu’en donne le peintre Waterhouse avec sa Circé, la magicienne. De quoi réconcilier la vilaine sorcière avec l’univers enfantin d’Hansel et Gretel car cette exposition a aussi été imaginée pour les enfants qui, on le sait, en savent long sur les sorcières…



Les trois vies de Simone de Beauvoir

 Compagne de Sartre, sans doute, mais avant tout écrivain et grande figure du féminisme : Simone de Beauvoir aurait eu 100 ans cette année. Ingrid Galster nous raconte ses trois vies - faites aussi de petits tas de secrets.

L’Histoire : On fête cette année le centenaire de la naissance de Simone de Beauvoir. Quelle place occupe-t-elle aujourd’hui en France ?

Ingrid Galster : On parle beaucoup de Simone de Beauvoir en tant que compagne de Sartre et pas assez, me semble-t-il, en tant qu’intellectuelle, féministe ou écrivain. Le livre récent de Hazel Rowley, Tête-à-Tête. Beauvoir et Sartre. Un pacte d’amour , publié en 2006 chez Grasset, confirme, s’il en était encore besoin, l’intérêt du public et des chercheurs sur cette relation, au détriment le plus souvent de la pensée de Beauvoir.

Ce qui est aujourd’hui considéré comme son ouvrage principal, Le Deuxième Sexe , a été en réalité peu lu. On croit pouvoir résumer ce livre de plus de mille pages en une phrase : « On ne naît pas femme : on le devient. » Il faut dire que le féminisme a évolué, surtout à l’étranger, et que les thèses du Deuxième Sexe semblent à certains dépassées.

La figure de Simone de Beauvoir est pourtant beaucoup plus importante que cela. Au moment de sa mort, en 1986, dans les articles nécrologiques, on pouvait déceler ses quatre dimensions principales : pour les Français, elle était alors avant tout l’auteur du Deuxième Sexe , ensuite la compagne de Sartre, puis une intellectuelle de gauche et enfin un écrivain. Certes, elle était considérée d’abord en tant que féministe, mais son oeuvre narrative, avant tout les trois tomes de son autobiographie Mémoires d’une jeune fille rangée , 1958, La Force de l’âge , 1960 et La Force des choses , 1963, a eu un grand impact en France et ailleurs.

L’H. : Comment cette jeune fille, issue d’un milieu conventionnel, bourgeois, est-elle devenue Simone de Beauvoir ?

I. G. : Grâce à sa personnalité exceptionnelle mais aussi aux circonstances qui ont été déterminantes dans son parcours.

Simone de Beauvoir est née en janvier 1908, à Montparnasse à l’emplacement actuel du restaurant La Rotonde. Quelqu’un lui a demandé un jour quelle continuité elle voyait dans sa vie. Elle a répondu : Montparnasse ! Elle a également habité dans des hôtels à Saint-Germain-des-Prés puis elle a acheté, avec l’argent du prix Goncourt obtenu en 1954 pour Les Mandarins , un appartement rue Victor-Schoelcher, en face du cimetière Montparnasse, où elle a résidé jusqu’à sa mort.

A sa naissance, sa famille appartenait à la bourgeoisie aisée. Mais, après la Première Guerre mondiale et la révolution russe, ses parents ont été ruinés avec la perte des « emprunts russes ». La famille a dû déménager et renoncer à son mode de vie privilégié. Le père a prévenu Simone et sa soeur cadette : « Il faudra travailler. » Contrairement aux normes de sa classe, Beauvoir devrait donc exercer un métier pour gagner sa vie.

Elle aurait dû avoir une dot, se marier et mener la vie d’une bourgeoise. D’ailleurs, à l’âge de 18 ans, la perspective de se marier ne lui déplaisait pas. On lit dans ses carnets de jeunesse, dont une première partie 1926-1927 vient d’être publiée en anglais, qu’elle était amoureuse de son cousin Jacques et qu’elle avait l’intention de l’épouser1. Ce n’est qu’au dernier moment, lorsque Jacques lui annonce le 2 octobre qu’il fera un mariage d’argent avec une autre femme, qu’elle a renoncé à lui et s’est lancée dans sa relation avec Sartre. C’était en 1929, l’année de l’agrégation. Elle avait 21 ans.

Ce qui est remarquable, c’est que Beauvoir a toujours eu une idée claire de la vie qu’elle entendait mener. Dès l’adolescence, elle établissait des programmes précis auxquels elle se tenait. Ce qui lui valut d’ailleurs les sarcasmes des sartriens qui ont toujours trouvé Beauvoir très rigide. « Je suis douée pour le bonheur » , écrit-elle, mais ce bonheur n’est pas venu tout seul.

La réussite passait alors par le mariage et elle avait décidé qu’il lui fallait régler sa vie affective avant la fin de ses études. En même temps, on la sent déjà hésitante parce que ce qu’elle aime plus que tout, c’est penser, écrire. Comment, une fois mariée, préserver suffisamment d’espace et d’autonomie pour continuer sa réflexion ? Tout le temps de son adolescence studieuse, elle se refuse donc à remplir complètement le rôle traditionnel de la femme.

L’H. : Mais a-t-elle alors un projet professionnel ?

I. G. : Très tôt, elle veut devenir écrivain. Dans Mémoires d’une jeune fille rangée , elle explique que la littérature l’a toujours attirée. Dès l’âge de 15 ans, elle entend devenir un auteur célèbre. Sans doute parce que les écrivains avaient à cette époque un très grand prestige et que Beauvoir possédait, comme elle le dit elle-même, un goût prononcé pour la communication. Enfant, elle dévore les livres. Little Women de Louisa May Alcott Les Quatre Filles du docteur March et The Mill on the Floss de George Eliot l’ont particulièrement marquée ; plus tard, ce sera Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier. Et puis Jacques l’a initiée aux auteurs de la NRF, à Proust, à Gide, ce qui à l’époque sentait le soufre...

L’H. : Comment se déroulent ses études ?

I. G. : A 6 ans, elle entre au cours Adeline-Désir, un institut catholique privé pour les filles de la bonne société. Elle y reste jusqu’au bac. Rapidement, elle prend conscience du sectarisme des enseignants et de leur catholicisme étroit.

Elle a pourtant été très pieuse. Elle communiait trois fois par semaine et se confessait deux fois par mois auprès d’un abbé nommé Martin. Il faut dire que tout ce qu’elle entreprenait, elle le faisait avec passion ! Mais vers 13 ans, si l’on en croit son autobiographie, elle a perdu la foi. Elle dit se souvenir du moment précis où elle a douté : l’abbé Martin, lors d’une confession, lui aurait dit « j’ai entendu que ma petite Simone a fait ceci et cela... » . Beauvoir raconte la colère qui l’a alors envahie : « Brusquement, il venait de retrousser sa soutane, découvrant des jupons de bigote ; sa robe de prêtre n’était qu’un travesti ; elle habillait une commère qui se repaissait de ragots.2 »

Éliane Lecarme-Tabone, une des meilleures spécialistes de Beauvoir, a montré dans quelle mesure elle s’est inspirée, dans le récit qu’elle livre dans Mémoires d’une jeune fille rangée , des Mots de Sartre dont elle avait lu le manuscrit. Sartre y raconte comment il a cessé de croire en Dieu. Elle n’a pas inventé l’abbé Martin, mais elle s’est peut-être focalisée sur cet événement à cause des Mots .

L’H. : Quelles étaient alors ses relations avec sa famille ?

I. G. : Dans la description qu’elle fera dans son autobiographie de ses relations avec ses parents, Simone de Beauvoir semble assez influencée par la psychanalyse. Elle décrit leurs liens à partir du complexe d’Oedipe. Elle dit adorer son père et haïr sa mère.

Son père, voltairien, représente pour elle la formation intellectuelle. Sa mère, catholique pratiquante, la formation de l’âme. Et cette opposition entre ces deux instances qui défendent des idées différentes a contribué à la perte de sa foi : ils ne pouvaient pas avoir raison tous les deux, et elle a choisi le camp de son père. Un père qui, au moment de la puberté, l’aurait rejetée, ce qui a eu une importance décisive dans son développement et une certaine aversion pour le corps.

Il n’y a cependant pas eu de rupture brutale avec ses parents mais un éloignement progressif. Jusqu’au bout, elle s’occupera de sa mère, et elle a gardé des relations avec sa soeur, Hélène, qui s’est mariée avec un ancien élève de Sartre. Beauvoir dira plus tard, pour justifier ce mariage, qu’ « il fallait qu’ils se marient pour avoir un passeport pour aller à l’étranger » .

L’H. : Comment passe-t-elle du cours Désir à l’agrégation de philosophie ?

I. G. : Après le bac, en 1925, elle s’est inscrite à l’Institut catholique pour passer un certificat de mathématiques et à l’institut Sainte-Marie, à Neuilly, pour étudier les lettres. Une professeure a remarqué ses grandes capacités en philosophie et lui a conseillé de passer l’agrégation. Ce fut terrible pour sa mère pour qui l’enseignement laïque représentait le diable.

Pour préparer l’agrégation, elle étudie à la Sorbonne et suit les cours de la Rue d’Ulm. C’est là qu’elle fait la connaissance des « petits camarades » : René Maheu qu’elle appelle « mon lama », Paul Nizan et Jean-Paul Sartre. Pour préparer l’oral, c’est elle qui est chargée d’expliquer Leibniz, sur lequel elle vient de rédiger son diplôme d’études supérieures. Elle est la seule fille du groupe. Les hommes et les femmes passaient alors les mêmes épreuves de la même agrégation. En 1929, elles sont 4 femmes à être reçues et 9 hommes - sur 76 candidats. Beauvoir est deuxième derrière Sartre. Je pense que ce républicanisme à la française, lui a permis d’être reconnue au même titre qu’un homme.

L’H. : A cette date, elle est reconnue comme une vraie philosophe ?

I. G. : Beauvoir et Sartre avaient, dès 1929, conçu leurs propres systèmes philosophiques. Sartre avait déjà formulé sa « théorie de la contingence » où, selon Beauvoir, se trouvaient en germe ses idées sur l’être, l’existence, la nécessité, la liberté. Cette philosophie, Beauvoir l’a faite sienne, lors d’une scène devenue célèbre. Cela se passait tout au début de leur relation, à la fontaine Médicis, au jardin du Luxembourg. Après avoir défendu pendant des heures la morale pluraliste qu’elle s’était fabriquée, Beauvoir a cédé devant les arguments de Sartre. Certains féministes voient en cette scène primitive la preuve que Beauvoir avait une conscience de femme aliénée...

Une lettre inédite, écrite à Zaza, le 17 septembre 1929, montre qu’à cette date elle avait besoin d’un guide et pensait l’avoir trouvé en Sartre. Beauvoir y écrit « Je suis dominée. » Elle évoque son « besoin de lui, besoin de sa pensée, de sa présence, plus encore que de sa tendresse » . Prête à prendre des risques, elle avoue : « Je n’aurai peut-être qu’un an de sa vie [...] peut-être que je souffrirai terriblement mais aucune question ne se pose, c’est ainsi3. »

L’H. : Elle ne serait donc que la fidèle servante des idées de Sartre ?

I. G. : Elle a épousé les idées philosophiques de Sartre. Bianca Bienenfeld, qui fut l’une de ses amantes, lui dit un jour que cela devrait lui être désagréable quand Sartre changeait des théories auxquelles elle avait donné sa foi. Et Beauvoir de répondre : « J’en change aussi, ça me varie la vie, j’aime bien ça. »

Cette boutade ne doit pas cacher le plus important, la complémentarité entre ces deux êtres. Sartre était le créateur et Beauvoir, avec sa force analytique, discutait tout morceau par morceau. Cette combinaison est peut-être ce qui les a unis jusqu’au bout.

L’H. : Depuis la fin des années 1990, certains prétendent que le véritable inventeur de l’existentialisme, c’est Beauvoir.

I. G. : Cette affirmation s’inspire d’un témoignage de Maurice de Gandillac qui a connu des membres du jury de l’agrégation de 1929. Ceux-ci lui auraient dit qu’ils avaient failli donner la première place à Beauvoir. Vous imaginez combien cela a plu à certaines féministes... La théorie selon laquelle Sartre a copié Beauvoir me paraît complètement fausse. Mais je n’emploierai pas pour autant le mot « auxiliaire », qui n’est pas assez fort. Il s’agit plutôt d’une émulation, comme l’affirme à juste titre Éliane Lecarme-Tabone.

Ainsi, pendant que Sartre déchiffrait Heidegger au stalag, Beauvoir, à la Bibliothèque nationale, étudiait Hegel dont La Phénoménologie de l’esprit venait d’être traduite en français. Avant, ils s’étaient familiarisés avec Husserl, sur les conseils de Raymond Aron, par le biais de Lévinas. Voilà comment ils ont assimilé les « trois H ».

L’H. : Comment qualifier les relations, durables, entre Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre ? Était-ce de l’amour ?

I. G. : C’était avant tout une relation intellectuelle. Certes, ils ont eu des rapports sexuels, dès 1929, mais cela n’a pas duré très longtemps. Ils savaient surtout qu’ils pourraient toujours compter l’un sur l’autre. Beauvoir savait que s’ils se donnaient rendez-vous dans dix ans, à un endroit précis, Sartre y serait. Cette confiance est peut-être plus forte encore qu’une passion passagère.

L’H. : Cela explique-t-il leur modèle de couple sur lequel on a tant glosé ?

I. G. : C’est lui qui a posé des conditions dès le début de leur relation. Sartre n’était pas monogame, il voulait avoir d’autres femmes. C’était à prendre ou à laisser.

Mais elle était jalouse et elle en a souffert. Dans ses lettres à Sartre, au moment de la « drôle de guerre », on la voit marchander des jours de permission. Et lorsque Bianca, devenue une des « contingentes » de Sartre, fut congédiée, elle écrit : « Plus de [Bianca] aux sports d’hiver, nous irons tous deux seuls au petit chalet.4 » Elle avait besoin de se retrouver dans une relation intime avec Sartre, sans un tiers. Mais elle savait que ce n’était pas possible. Elle aussi a pris des amants.

L’H. : Et des amantes...

I. G. : Je pense qu’elle était plus attirée par les hommes que par les femmes, ce que m’a d’ailleurs confirmé Bianca Bienenfeld. J’ai longtemps cru qu’elle nouait des relations avec des filles quand elle n’avait pas d’hommes, pendant la guerre par exemple. Mais c’est faux. Elle pouvait être avec les deux en même temps.

Selon la mère de Sorokine, qui a déposé plainte en 1942 pour détournement de mineure contre Beauvoir, il s’agissait pour celle-ci d’apporter de la chair fraîche à Sartre. Elle aurait servi de rabatteuse. Je pense qu’elle a aussi noué des relations avec les femmes par curiosité, pour transformer ses expériences en littérature. Son amitié intense, passionnée, avec Zaza durant l’adolescence a pu jouer également un rôle. Cette dernière a eu une évolution exactement inverse à celle de Beauvoir. Délurée, indépendante, elle a, sous la contrainte familiale, renoncé à son autonomie.

En tout cas, ce n’est pas Beauvoir qui allait vers les filles mais l’inverse. La première, dans l’état actuel de nos connaissances, c’est Olga Kosakiewicz, une de ses élèves, à Rouen, où Beauvoir fut professeur entre 1932 et 1936. Il faut dire qu’elle impressionnait beaucoup ses étudiantes. Tout le monde était amoureux d’elle. Les filles lui couraient après et quand elle les trouvait assez intelligentes et attirantes, elle acceptait d’entamer une relation.

Mais quels étaient ses sentiments réels envers les femmes, je me le demande toujours. Dans un entretien, elle raconte qu’elle les trouve plus désirables, plus fines : qu’elles ont la peau plus douce que les hommes.

L’H. : Qu’en est-il de ses amants ?

I. G. : Son premier amant « contingent » est Jacques-Laurent Bost, fils de pasteur et élève de Sartre au Havre, qui fit très vite partie de la « famille ». Ils sont partis ensemble en vacances en juillet 1938 et c’est elle qui a fait le premier pas, comme elle le raconte à Sartre. Elle avait 30 ans, lui 22.

Je crois que c’était en partie par docilité, pour respecter le pacte initial avec Sartre et établir avec lui un équilibre. Beauvoir redoutait plus que tout de mettre leur relation en péril. Elle a souvent agi par symétrie avec lui. Une fois que Sartre se permettait quelque chose, elle pouvait elle aussi le faire. Mais elle ne prenait pas l’initiative. Sartre, par exemple, a adopté en 1965 une étudiante d’origine juive née en Algérie, Arlette Elkaïm. Beauvoir fait de même avec Sylvie Le Bon qu’elle adoptera quelques années après. Et c’est lorsque Sartre tombe sérieusement amoureux de Dolorès Vanetti, dont il a fait la connaissance après la guerre, aux États-Unis, qu’elle se lie aussi fortement, immédiatement après, avec l’écrivain américain Nelson Algren.

L’H. : Mais elle a vécu une véritable passion avec Nelson Algren. A-t-elle envisagé alors de rompre avec Sartre ?

I. G. : Elle est en effet tombée amoureuse d’Algren avec qui elle a découvert, pour la première fois sans doute, à 39 ans, ce que pouvait être une sexualité épanouie. Mais qu’aurait-elle fait aux États-Unis ? Écrire en anglais ? Son appartenance au groupe existentialiste était capitale. Elle ne pouvait pas quitter Paris sans risquer de perdre sa position sociale. Elle a donc choisi la stabilité.

Plus tard, en 1952, elle a entamé une relation avec Claude Lanzmann qui, correcteur à France-Dimanche , venait d’entrer, avec l’aide de Jean Cau, à l’équipe des Temps modernes . Elle avait 44 ans et s’imaginait, avec regret, « ne plus jamais dormir dans la chaleur d’un autre corps » . Quand elle a vu arriver ce jeune homme, qui avait 27 ans, elle a cédé à ses avances.

L’H. : Venons-en à ses engagements. Simone de Beauvoir a-t-elle la tête politique ?

I. G. : Dans le deuxième tome de son autobiographie, La Force de l’âge , paru en 1960, elle raconte que dans l’entre-deux-guerres elle ne se souciait pas de la politique car pour elle, comme pour Sartre, seules comptaient la métaphysique, la condition humaine. Pendant la guerre civile espagnole de 1936-1939 par exemple, alors qu’elle était solidaire du camp républicain, elle ne s’est pas engagée, se sentant avant tout spectatrice.

Une rencontre avec la philosophe Simone Weil, avec qui elle avait passé un certificat de licence, illustre son attitude apolitique : « Une grande famine venait de dévaster la Chine, et on m’avait raconté qu’en apprenant cette nouvelle, elle [Weil] avait sangloté. [...] La conversation s’engagea ; elle déclara d’un ton tranchant qu’une seule chose comptait aujourd’hui sur terre : la Révolution qui donnerait à manger à tout le monde. Je rétorquai, de façon non moins péremptoire, que le problème n’était pas de faire le bonheur des hommes, mais de trouver un sens à leur existence. Elle me toisa : «On voit bien que vous n’avez jamais eu faim», dit-elle.5 »

Si l’on en croit La Force de l’âge , c’est la guerre et l’Occupation qui lui ont fait prendre conscience de la nécessité de s’engager. Elle a eu peur pour son jeune amant Bost parti au combat et fait part de ses doutes, le 8 octobre 1939, à Sartre, alors engagé en Alsace : « Je sais bien qu’on n’y pouvait rien, mais nous sommes quand même de la génération qui aura laissé faire [...] j’ai du remords en pensant que c’est un autre qui paiera pour notre impuissance6. » C’est à partir de cette discussion que Sartre, qui découvre au même moment le concept d’historicité chez Heidegger, développe la théorie de l’engagement, capitale dans la philosophie de l’existentialisme.

Mais dans son autobiographie, Beauvoir va beaucoup plus loin. La guerre lui aurait fait découvrir le poids de l’histoire qui « fondait sur elle » si bien qu’il y aurait eu un avant et un après. Je suis un peu sceptique face à ces explications. Je crois que les événements de 1939 sont surtout une occasion pour elle et Sartre d’intégrer l’histoire dans un système philosophique qui piétinait. Comme toujours, elle perçoit la réalité en fonction de ce qu’elle peut en tirer pour la transformer en littérature. Le goût pour la politique viendra plus tard.

L’H. : Durant l’Occupation, Beauvoir accepte de participer à des émissions sur Radio Vichy, une station contrôlée par le régime de Pétain. Même si elle ne traite que de sujets littéraires, n’a-t-elle pas eu quelques scrupules ?

I. G. : Il ne faut jamais oublier qu’elle s’est fait exclure de l’Université par Abel Bonnard en 1943 pour des raisons idéologiques. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle ne formait pas ses élèves dans le sens souhaité par Vichy... A partir de 1943, elle ne touchait donc plus de salaire et Sartre lui a trouvé un travail à Radio Vichy, à ne pas confondre avec Radio Paris. Elle y rédige des sketchs sur les origines du music-hall. Selon Beauvoir, les écrivains de son bord avaient tacitement adopté certaines règles, un « code », selon lequel « on ne devait pas écrire dans les journaux et les revues de la zone occupée, ni parler à Radio Paris ; on pouvait travailler dans la presse de la zone libre et à Radio Vichy : tout dépendait du sens des articles et des émissions7 » .

Reste que le ton de la radio est devenu plus virulent dès le début de l’année 1944, que Philippe Henriot parlait deux fois par jour et qu’elle n’a pas pour autant retiré ses émissions. Je pense qu’avec une certaine mauvaise foi elle a préféré ne pas voir.

L’H. : Est-ce qu’elle parle du nazisme dans ses carnets ?

I. G. : Elle parle quelquefois des Juifs qu’elle a vus être menacés ou arrêtés, avec une relative indifférence. Cela ne va jamais plus loin qu’une ou deux phrases. Mais le pire est sans doute son attitude face à Bianca Bienenfeld, son ancienne amante juive qui était aussi la maîtresse de Sartre. Le 10 mars 1940, moment où cette dernière reçoit une lettre de rupture de Sartre, Beauvoir écrit avec cynisme : « Elle hésite entre le camp de concentration et le suicide8. » Sartre et Beauvoir laissent tomber Bianca qui s’est cachée dans le Vercors, et jamais ils n’ont cherché à savoir ce qu’elle était devenue.

L’H. : Quand Beauvoir acquiert-elle une véritable conscience politique ?

I. G. : Une évolution est perceptible entre son premier roman, L’Invitée , paru en 1943, qui transpose en fiction son triangle amoureux avec Olga et Sartre, et la rédaction du Sang des autres sur la Résistance et les Juifs qu’elle a commencé à écrire en 1941 et qui a été publié en 1945. Elle passe alors de la morale individualiste à la théorie de l’engagement. Mais c’est encore littéraire. C’est sans doute le travail dans Les Temps modernes et la confrontation, après guerre, avec les communistes qui l’ont poussée dans cette direction.

L’H. : Sartre devient un compagnon de route du PCF en 1952. Elle le suit ?

I. G. : Oui, elle soutient comme lui le Parti communiste comme elle distribuera plus tard La Cause du peuple des maos. En 1954, elle rédige un article significatif pour Les Temps modernes où elle écrit notamment : « La vérité est une : l’erreur, multiple. Ce n’est pas un hasard si la droite professe le pluralisme. » Autrement dit, contre le pluralisme, il n’y a qu’une vérité, le marxisme. Une fois encore, elle embrasse une nouvelle cause avec passion. Claude Roy, ancien communiste exclu du Parti, a écrit fort justement dans son article nécrologique du Nouvel Observateur que « la force et la faiblesse de Beauvoir, c’était d’être absolument absolue » 18 avril 1986.

Elle a fait de multiples voyages avec Sartre, en URSS, en Chine, à Cuba. Elle ne s’est pas érigée en modèle, mais elle a eu une grande influence pour beaucoup d’intellectuels de la gauche non orthodoxe.

Le grand moment reste toutefois la guerre d’Algérie. Elle a préfacé un livre en 1962, sur Djamila Boupacha, une jeune Algérienne, membre du FLN, qui fut torturée par les Français. A ce moment-là, elle a pris des risques en dénonçant la politique française. Dans son autobiographie, elle raconte qu’elle a passé des nuits blanches en pensant aux tortures en Algérie. Comme Simone Weil versait des larmes pour la Chine... Son engagement est alors authentique, mais on peut penser qu’elle en rajoute pour ne pas en avoir fait assez avant.

Au total cependant, elle n’a pris que très peu d’initiatives en politique et a plutôt suivi les variations de Sartre. Après la mort de celui-ci, elle est d’ailleurs devenue plus modérée politiquement. Dans les années 1980, elle se rapproche du Parti socialiste.

L’H. : Au fond, son véritable engagement politique, c’est le féminisme ?

I. G. : Oui, dans ce combat elle a fait oeuvre personnelle. Il faut revenir sur la genèse du livre Le Deuxième Sexe , paru en 1949. Dès l’entre-deux-guerres, Colette Audry, collègue de Beauvoir au lycée de Rouen, lui avait parlé de la question féministe. Mais cela ne l’intéressait pas encore. C’est en 1946, lorsqu’elle a souhaité écrire sur elle-même, qu’en bonne philosophe Beauvoir s’est d’abord demandé ce que signifiait pour elle d’être une femme. A partir de ce questionnement, elle a compris que le monde dans lequel elle vivait avait été fait par et pour les hommes. De là lui est venue l’idée d’écrire un livre sur la condition de la femme.

Elle se lance dans l’écriture en octobre 1946. Puis elle part en 1947 aux États-Unis, où elle rencontre Algren, écrit L’Amérique au jour le jour et parvient, entre tous ces allers-retours, à terminer très rapidement l’ouvrage qui fut composé en morceaux, publiés dès mai 1948 dans Les Temps modernes , puis réunis après coup, en 1949, en un ensemble. Beauvoir le reconnaît, cet éparpillement se sent dans l’écriture : « Découvrant mes idées en même temps que je les exposais, je n’ai pas pu faire mieux. » Ce livre, considéré par son auteur à certains égards un peu brouillon, sera pourtant un très grand livre, un véritable monument et un tournant dans l’histoire des femmes.

L’H. : Pourquoi n’a-t-elle pas eu d’enfant ?

I. G. : Il lui a fallu choisir entre l’écriture et la maternité. Mais il n’y a pas d’incompatibilité pour elle : on peut être une femme émancipée et avoir des enfants. Ce qu’elle érige en modèle vaut pour elle en tant qu’écrivain. Elle met uniquement en cause la maternité qui aliène. Elle veut une maternité choisie et non subie. Cette distinction est capitale.

Dans son autobiographie, il est vrai, on apprend qu’elle n’aime pas les enfants. Elle n’aime pas tout ce qui est organique, animal. Elle n’a jamais touché aux produits laitiers - le sein maternel ? Reste qu’elle parle de Sylvie Le Bon, sa fille adoptive, comme d’une « réincarnation d’elle-même » . Même si Beauvoir a réfuté cette idée, on peut se demander si ce n’est pas la définition même du sentiment maternel.

L’H. : Mais s’est-elle battue pour la légalisation de la contraception ?

I. G. : A partir des années 1970, Beauvoir a milité avec le Mouvement de libération des femmes. Elle a écrit plusieurs préfaces à des ouvrages sur le planning familial et figurait au comité d’honneur de cette association. Elle figure également parmi les signataires du « Manifeste des 343 pour la liberté de l’avortement » 1971.

L’H. : Comment Le Deuxième Sexe a-t-il été accueilli ?

I. G. : Le livre a fait scandale. Si bien qu’en une semaine 22 000 exemplaires du premier tome ont été vendus. C’est avant tout le chapitre sur « L’initiation sexuelle de la femme », paru en mai 1949 dans Les Temps modernes , qui a été jugé inacceptable. Il faut dire que Beauvoir parle de la sexualité des femmes comme personne avant elle, à l’exception des médecins. Il y est question d’ « orgasme mâle » , de « spasme clitoridien » , autant de choses que l’on n’avait jamais évoquées jusque-là publiquement. La phénoménologie a permis à Beauvoir de trouver un langage pour introduire des sujets tabous. Pour la première fois, cette mise en philosophie du corps, de la sexualité a fait irruption dans le débat public.

Reste que pour le catholique François Mauriac, c’était intolérable. Mauriac a écrit à Roger Stéphane, collaborateur des Temps modernes  : « J’apprends beaucoup de choses sur le vagin et le clitoris de votre patronne. » Peu après la parution du Deuxième Sexe, il écrit encore à Jean-Louis Curtis : « Vos pages me consolent des infamies de la femme Magny. Ces idiotes instruites qui enfoncent leurs talons Louis XV sur toutes les voies sacrées de notre vie, ces connes pédantes et piaillantes, il faudrait les mettre dans une garderie d’enfants à torcher les derrières et à vider des pots jusqu’à la mort. »

Tous les catholiques ne réagissent pas de la même manière. La revue Esprit approuve Beauvoir. Jean-Marie Domenach écrit, le 25 juin 1949 : « Je crois que les chrétiens qui, sous prétexte d’érotisme et d’obscénité, attaquent Simone de Beauvoir et la tentative qu’elle représente se trompent du tout au tout. »

L’accueil à l’extrême gauche est également négatif. Au Parti communiste, presque personne ne lit le livre selon le souvenir d’Annie Kriegel qui raconte que cela ne l’intéressait pas du tout : « Pour notre génération [elle est née en 1926], ces problèmes d’émancipation étaient dépassés : nous n’étions pas le deuxième sexe9. »

Dès le mois de juin 1949, Marie-Louise Barron, héroïne communiste de la Résistance, exprime son dédain dans Les Lettres françaises . Elle se représente « le franc succès de rigolade » que Beauvoir obtiendrait dans un atelier de Billancourt, « en exposant son programme libérateur de défrustration » . La socialiste Colette Audry lui répond dans Combat que « c’est estimer bien peu les ouvrières de Billancourt que de penser qu’elles se moqueraient ainsi d’une oeuvre qui, à la fois, insiste sur l’importance historique de l’entrée des femmes dans la production [...] et passe en revue tous les problèmes auxquels se heurtent concrètement, quotidiennement, les travailleuses.10 »

L’H. : Comment un livre si décrié est-il devenu emblématique de l’émancipation des femmes ?

I. G. : Comme l’a dit Michelle Perrot, c’est de l’Amérique que Le Deuxième Sexe est revenu en France comme la bible du féminisme. Quand le livre y paraît en 1953, et surtout en 1961 en livre de poche, les féministes se précipitent dessus. Au milieu des années 1970, il s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires aux États-Unis.

Deux féministes ont plus particulièrement participé à la diffusion des théories de Beauvoir. Il s’agit de Kate Millett et de Betty Friedan qui se sont beaucoup inspirées du livre de Beauvoir mais sans le citer. Si bien que beaucoup de féministes ignorent que Beauvoir est la première à avoir théorisé le concept de « femme » comme construction culturelle. C’est-à-dire qu’en quelque sorte elle est bien à l’origine du concept du « genre » gender entendu comme sexe social.

C’est le féminisme américain qui inspirera le Mouvement de libération des femmes MLF en France dans les années 1970. C’est donc plutôt indirectement, à travers les féministes américaines, que Simone de Beauvoir a influencé le MLF. Le paradoxe est que Le Deuxième Sexe n’a pas donné l’impulsion à un mouvement féministe en France. Il y aura même un « creux de la vague » dans les années 1950 et 1960. Les combats politiques l’emportaient sur les revendications féministes. Même s’il y eut des prises de conscience individuelles, le vrai succès de Simone de Beauvoir en France est tardif, pas avant les années 1970. Je parle du féminisme.

L’H. : Qu’est-ce que les féministes lui reprochent ?

I. G. : Elles lui ont tout d’abord reproché de ne pas avoir pris en compte les combats antérieurs des féministes. Mais je crois qu’elle l’aurait fait si elle en avait eu le temps. Dans son manuscrit, elle écrit, sur un feuillet à part qui contient des tâches à accomplir : « Peut-être faut-il aussi un historique du féminisme ? » Elle évoque dans son autobiographie Louise Weiss, qui a lutté sous la IIIe République pour le droit de vote. Mais les suffragettes étaient trop bourgeoises pour Beauvoir. En fait, pour elle, la libération de la femme ne passait pas nécessairement par la politique.

La critique est surtout venue, dans les années 1970, des trois figures phares de ce que les Américains appellent le « French Feminism »  : Hélène Cixous, Julia Kristeva et Luce Irigaray. Leur féminisme poststructuraliste est un amalgame de psychanalyse, de linguistique et de déconstruction à la Derrida.

Cixous et ses adeptes reprochent à Beauvoir d’avoir fondé sa théorie de la libération de la femme sur une version particulièrement prononcée du « phallogocentrisme », à partir d’une philosophie « mâle », celle de Sartre. Selon elles, les oppositions binaires comme « culture et nature », « sujet et objet » qui structurent notre pensée et qui se veulent universelles ne sont que le produit de l’homme. Beauvoir, elle, au contraire, pense que nos outils conceptuels, comme le langage, sont neutres, et que la raison n’est pas l’apanage des hommes. Pour les féministes poststructuralistes, l’universalisme est une ruse de la virilité. Ces féministes remettent en cause la quête de l’égalitarisme entre les hommes et les femmes. C’est encore plus vrai des féministes de la différence comme Antoinette Fouque.

L’H. : Que reste-t-il du féminisme égalitariste à la Beauvoir ?

I. G. : Il est majoritaire en France même s’il fait moins de bruit à l’étranger que le féminisme poststructuraliste ou déconstructionniste. Toutes les femmes qui passent des concours et pensent qu’il faut gagner leur vie pour être indépendantes lui doivent quelque chose. Parmi les figures les plus éclatantes, citons seulement la philosophe Elisabeth Badinter ou l’historienne Michelle Perrot.

Aux États-Unis, la grande théoricienne du genre Judith Butler a reconnu sa dette envers Beauvoir, qui, en définissant le corps comme une partie de la « situation » que la femme doit dépasser, a préparé le terrain pour la déconstruction de l’opposition entre le sexe biologique et le genre social.

L’H. : Beauvoir a écrit de nombreux récits autobiographiques. Qu’est-ce que l’historien peut en tirer ?

I. G. : L’autobiographie est un genre littéraire à part entière. Et Beauvoir n’a pas échappé au travail de la mémoire avec ses stratégies et ses ruses. Elle a d’ailleurs toujours dit qu’elle ne dirait pas tout dans ses oeuvres autobiographiques. Michel Contat a parlé à son propos d’une « sincérité très contrôlée » .

Si ses Mémoires sont sincères et authentiques, c’est par leur ton, leur style. Un style d’ailleurs très performant qui mérite d’être étudié pour lui-même. Mais il lui a fallu évidemment filtrer ses propos et cacher certaines choses pour être acceptée, voire aimée par les lecteurs. En 1960, par exemple, ses relations avec les femmes n’auraient pas été comprises. Elle n’en dit donc rien - il est vrai aussi pour ne pas compromettre certaines personnes. De même, pour correspondre à l’image que l’on avait d’elle après la guerre, celle d’une figure de la gauche non orthodoxe, elle met plus d’engagement dans son attitude sous l’Occupation que les écrits intimes rédigés à l’époque sans intention de publication ne le traduisent.

L’H. : Mais qu’est-ce qui a poussé Beauvoir à écrire ses mémoires ?

I. G. : Je pense qu’elle s’est mise à écrire ses Mémoires par culpabilité, après la mort de son amie Zaza. Dans les Mémoires d’une jeune fille rangée , elle accuse les parents de son amie, représentants de la grande bourgeoisie catholique, d’avoir assassiné leur fille en l’empêchant de se marier avec l’homme qu’elle aimait : le philosophe Maurice Merleau-Ponty. On sait que trois semaines avant de mourir de maladie, Zaza avait réclamé désespérément Simone, l’ « éternelle disparue » , à l’hôpital. Beauvoir l’a laissée tomber pour Sartre, avec qui elle avait ses premières relations sexuelles. Elle a ensuite senti sa faute et a eu besoin de se libérer de ce poids. Zaza est en grande partie à l’origine de son entreprise littéraire.

Dans les Mémoires d’une jeune fille rangée , on sent une spontanéité, une urgence à écrire, à se soulager, qui n’apparaît plus dans les tomes suivants de l’autobiographie. C’est pourquoi je recommande à tout le monde de lire ce livre. Outre sa spontanéité, on y voit comment un individu parvient à dépasser sa situation historique.

Je recommande aussi le récit de la mort de sa mère, Une mort très douce , écrit en 1963, que Sartre considérait comme son meilleur texte. Là encore, elle se libère. On sent qu’elle va étouffer si elle ne raconte pas cet événement qui la révolte. Une fois sa mère malade, elle se met à sa place et dénonce l’absurdité de la mort. L’ouvrage se clôt sur ces mots magnifiques : « Il n’y a pas de mort naturelle : rien de ce qui arrive à l’homme n’est jamais naturel puisque sa présence met le monde en question. Tous les hommes sont mortels : mais pour chaque homme sa mort est un accident et, même s’il la connaît et y consent, une violence indue. »

Propos recueillis par Michel Winock.

The Midnight Express to Clarity


 

Ce récit suit Clara, une femme cherchant à fuir le tumulte de sa vie quotidienne en embarquant à bord d'un train de nuit à l'allure intemporelle. Au fil des wagons, elle fait des rencontres mystérieuses avec des passagers énigmatiques qui l'invitent à une profonde introspection personnelle. À travers des échanges oniriques et des rêves symboliques, le voyage se transforme en une quête spirituelle où elle doit affronter ses propres doutes. Ce trajet, suspendu entre réalité et imaginaire, lui permet finalement de trouver la force de prendre une décision importante pour son avenir. À son réveil, Clara réalise que cette expérience transformative l'a préparée à entamer un nouveau chapitre de son existence avec une assurance retrouvée.

The Three Little Pigs and the Fortified Hearth

 


Ce récit relate l'aventure classique de trois frères cochons qui quittent le foyer familial pour construire leurs propres habitations. Tandis que les deux premiers privilégient la rapidité en utilisant de la paille et du bois, le troisième choisit la brique pour sa robustesse. Un loup affamé parvient à détruire les refuges fragiles par son seul souffle, forçant les cadets à se réfugier chez leur frère aîné. La solidité de la structure en pierre résiste aux assauts de la bête, qui tente alors de s'introduire par la cheminée. Grâce à la ruse du dernier cochon, le prédateur est échaudé par de l'eau bouillante et finit par prendre la fuite définitivement.

The Window to Nowhere

 Apartment 404

Sami moved into a dirt-cheap apartment in a very old building. It was perfect except for one anomaly: at the end of a long, dim hallway, there was a door heavily secured with iron chains and an ancient padlock.

The landlord told him, "It’s just an old storage room. Don’t open it; the wood is rotting, and the ceiling might collapse on you."

Fatal Curiosity

After a week, Sami began hearing sounds from behind the door. It wasn't screaming or ghostly moans, but the sound of a pencil scratching on paper and very faint, rhythmic breathing.

One stormy night, Sami couldn't resist. He took a pair of bolt cutters and snapped the chains. He opened the door slowly, expecting a room filled with dust and old furniture. Instead, the room was completely empty.

No furniture, no dust—only pristine white walls, and exactly in the center, a single window covered by a heavy black curtain.

Beyond the Curtain

Driven by a gnawing curiosity, Sami stepped in. He pulled the curtain back with a sudden jerk. He didn't see the street or the neighboring buildings. What he saw was a room identical to his own, with the same details, and in the center stood another "Sami" with his back to the window.

Sami froze. The figure inside began to turn around—extremely slowly. Sami bolted out of the room, slammed the door, and frantically re-chained it, his body shaking with terror.

The True Horror

The next night, while Sami was sleeping in his regular bedroom, he heard a scratching sound very close by. He opened his eyes to find the walls of his room turning a brilliant, stark white. His furniture began to fade away into nothingness.

He looked down the hallway and saw the black curtain covering a wall where no window had existed before. He rushed to the apartment's front door to escape, only to find it barred with massive iron chains from the inside. He tried to scream, but his voice came out as the sound of a pencil scratching on paper.

The Ending

Sami turned to the window that had suddenly appeared. Through the glass, he saw his old apartment. He saw a "new" Sami entering the apartment for the first time, carrying his suitcases.

Sami tried to bang on the glass to warn him, but his hand didn't hit glass. Instead, his hand became a pencil sketch on a stark white wall.

Sami had become the "thing" that lives behind the door, waiting for the next tenant to break the chains and swap places in the prison o


f Apartment 404.

"النافذة التي لا تطل على شيء".

 البداية: الشقة رقم 404

انتقل "سامي" إلى شقة رخيصة في بناية قديمة جداً. كانت الشقة مثالية باستثناء شيء واحد غريب: في نهاية الممر الطويل، كان هناك باب مغلق بإحكام بسلاسل حديدية وقفل قديم.

أخبره صاحب البناية: "هذه مجرد غرفة تخزين قديمة، لا تفتحها لأن خشبها متهالك وقد ينهار السقف عليك."

الفضول القاتل

بعد أسبوع من السكن، بدأ سامي يسمع أصواتاً خلف الباب. لم تكن أصوات شبح أو صراخ، بل كان صوت خربشة قلم رصاص على الورق، وصوت تنفس هادئ جداً.

في ليلة عاصفة، لم يتمكن سامي من المقاومة. أحضر مقصاً حديدياً وقص السلاسل. فتح الباب ببطء وهو يتوقع رؤية غرفة مليئة بالغبار والأثاث القديم.. لكن الغرفة كانت فارغة تماماً.

لا أثاث، لا غبار، فقط جدران بيضاء ناصعة، وفي المنتصف تماماً.. نافذة واحدة مغلقة بستارة سوداء ثقيلة.

ما وراء الستارة

اقترب سامي والفضول ينهشه. سحب الستارة دفعة واحدة، لكنه لم يرَ الشارع ولا البنايات المجاورة. ما رآه كان غرفة تشبه غرفته تماماً، وبنفس التفاصيل، وفي وسطها كان هناك "سامي" آخر يقف ظهره للنافذة.

تجمد سامي في مكانه. الشخص الذي في الداخل بدأ يلتفت ببطء شديد. ركض سامي خارج الغرفة وأغلق الباب خلفه وأعاد السلاسل وهو يرتجف.

الرعب الحقيقي

في الليلة التالية، وبينما كان سامي نائماً في غرفته العادية، سمع صوت خربشة قريبة جداً. فتح عينيه ليجد أن جدران غرفته بدأت تتحول للون الأبيض الناصع، والأثاث بدأ يختفي تدريجياً.

نظر إلى نهاية ممر شقته، ورأى الستارة السوداء تغطي جداراً لم يكن فيه نافذة من قبل.

اندفع نحو باب الشقة ليخرج، لكنه وجد الباب مسدوداً بـ سلاسل حديدية ضخمة من الداخل. حاول صراخاً، لكن صوته كان يخرج كصوت خربشة قلم على ورق.

النهاية

التفت سامي إلى النافذة التي ظهرت فجأة، ورأى من خلالها شقته القديمة، ورأى "سامياً" جديداً يدخل الشقة لأول مرة ويحمل حقائبه.

حاول سامي أن يطرق الزجاج ليحذره، لكن يده لم تصطدم بالزجاج.. بل تحولت يده إلى رسمة من رصاص على جدار أبيض.

لقد أصبح سامي هو "الشيء" الذي يسكن خلف الباب، ينتظر المستأجر القادم ليفتح السلاسل ويتبادلان الأدوار في سجن الغرفة رقم 404.



The Final Chapter: The Echo of Silence

 


The Cursed Gift

​Years passed over the village, and faces changed, but Adam remained the same. His face stayed youthful, yet his eyes held the weary gaze of someone who had lived a thousand years. He avoided people—not out of fear, but because the sound of the gears in his chest grew louder and more frantic whenever he approached someone whose time was about to run out.

​Adam discovered that his body was no longer just a machine; it was a Scale of Fate. One night, as he passed an elderly, ailing man, the gears in his chest suddenly stopped for one second. In that single second, time froze for the old man, and Adam unknowingly granted him one "extra minute" from his own mechanical life to say his final goodbyes to his family.

The Return to the Ruins

​A century later, Adam returned to the ruins of his grandfather’s house. Nothing remained but a decaying wooden skeleton. He stepped into the exact spot where the ancient clock once stood. There, he noticed something he had missed before: a small shaft in the floorboards, reaching deep into the bowels of the earth.

​As he placed his mechanical hand over the opening, the gears within his arm began to spin at a violent speed. He felt a magnetic pull, as if the earth itself was demanding the return of a borrowed treasure.

The Ultimate Sacrifice

​Adam finally understood his grandfather’s true intent. His grandfather hadn't imprisoned time to torture it, but to protect it from scattering into chaos. Since Adam had become the Clock, his place was no longer in the world of the living, but in the heart of the world, acting as the engine that drives the planet through the orbit of time.

​With a rare smile of contentment, Adam cast himself into the black void beneath the ruins. As he reached the bottom, his mechanical body fused with gargantuan, hidden gears deep within the Earth—gears that drive the entire world.

Epilogue: The Tick of Eternity

​At that very moment, every human on Earth felt a slight "shiver" in their heart, as if the hand of a clock had made a tiny, sudden leap.

​Adam vanished from the surface of the Earth, never to be seen again. But if you visit that mountain village on a very quiet night and press your ear to the soil where the old house once stood, you won't hear the wind. Instead, you will hear a deep, rhythmic, and powerful sound rising from the depths:

Tick... Tock... Tick... Tock...

​Adam had become Time itself, beating there in the dark, ensuring that the sun would always rise on schedule, so long as his copper heart never stopped turning.

نبض النحاس: سجين الثواني الأخير

 لقد كانت تلك البداية فقط للنهاية الحقيقية؛ فالحياة كـ "ساعة بشرية" لم تكن مجرد لعنة، بل كانت بداية لمهمة لم يتوقعها آدم قط.

الفصل الأخير: ضجيج الصمت

مرت السنوات على القرية، وتغيرت الوجوه، لكن آدم بقي كما هو. وجهه شاب، وعيناه تحملان نظرة من تعب ألف عام. كان يتجنب الناس، ليس خوفاً منهم، بل لأن صوت التروس في صدره كان يزداد قوة كلما اقترب من شخص شارف وقته على الانتهاء.

القدرة الملعونة

اكتشف آدم أن جسده لم يكن مجرد آلة، بل كان ميزاناً. في إحدى الليالي، مر بجانب عجوز مريض، وتوقفت تروس صدره فجأة عن الدوران لثانية واحدة. في تلك الثانية، توقف الزمن للعجوز، ومنحه آدم "دقيقة" إضافية من حياته الخاصة ليودع عائلته.

أدرك آدم أنه لم يعد مجرد سجين، بل أصبح مخزناً للوقت. كل دقة في صدره هي ثانية تُسلب من عمره الميكانيكي وتُمنح للكون ليحافظ على توازنه.

العودة للمكتبة

بعد مرور قرن، عاد آدم إلى أنقاض بيت جده. لم يبقَ من البيت سوى الهيكل الخشبي المتآكل. دخل إلى المكان الذي كانت تقف فيه الساعة القديمة. هناك، وجد شيئاً لم يلاحظه من قبل: ثقباً صغيراً في الأرضية تحت مكان الساعة تماماً، يمتد إلى أعماق الأرض.

عندما وضع يده الميكانيكية فوق الثقب، بدأت التروس في يده تدور بسرعة جنونية. شعر بجذبه نحو الأسفل، وكأن الأرض تطالب بإعادة الأمانة.

التضحية الكبرى

فهم آدم أخيراً وصية جده بشكل كامل. الجد لم يحبس الوقت ليعذبه، بل ليحميه من التبعثر. وبما أن آدم أصبح هو الساعة، فإن مكانه ليس في عالم الأحياء، بل في قلب الأرض، ليكون المحرك الذي يدفع كوكب الأرض للدوران في مدار الزمن.

بابتسامة رضا نادرة، ألقى آدم بنفسه في الفراغ الأسود تحت الأنقاض. وبمجرد أن استقر في القاع، التحمت تروس جسده بتروس ضخمة مخفية في باطن الأرض، تروس تدير العالم بأسره.

الخاتمة: تكة الأبدية

في تلك اللحظة، شعر كل إنسان على وجه الأرض بـ "رعشة" خفيفة في قلبه، وكأن عقرب الساعة قد قفز قفزة صغيرة.

اختفى آدم من فوق سطح الأرض، ولم يعد أحد يراه. لكن، إذا ذهبت إلى تلك القرية الجبلية في ليلة هادئة جداً، ووضعت أذنك على التراب في موقع البيت القديم، لن تسمع صوت الرياح.. بل ستسمع صوتاً عميقاً، منتظماً، وقوياً، ينبعث من أعماق الأرض:

تيك... تاك... تيك... تاك...

لقد أصبح آدم هو "الوقت" نفسه، وبقي ينبض هناك، ليضمن أن الشمس ستشرق دائماً في موعدها، طالما أن قلبه النحاسي لا يتوقف عن الدوران.



The Final Chapter: The False Dawn

 



The False Dawn

​Adam stood up, brushing the dust from his clothes, only to find that the library was no longer the same. The books scattered on the floor didn't contain words anymore; instead, their pages were filled with drawings of temporal pathways and celestial maps of stars no human had ever seen.

​Suddenly, his eyes caught something in an ancient mirror hanging in the corner. He didn't see his own reflection. Instead, he saw his grandfather standing directly behind him, dressed in clothes from a century ago, his face hauntingly calm.

The Bitter Truth

​Adam spun around quickly, but no one was there. When he looked back at the mirror, his grandfather was pointing a finger toward the shattered heart of the clock. There, amidst the debris, lay more than just gears; there was a tiny mechanical embryo made of gold, pulsating with a dim, rhythmic light.

​The shocking truth hit him: the clock wasn't just a prison for an evil entity; it was a mechanical life-support system for Time in this region. By destroying it, Adam had caused Time itself to wither and decay.

Escape from Nothingness

​The walls of the house began to peel away—not revealing brick or wood, but an absolute black void. The house was vanishing piece by piece. Adam bolted toward the main door, but the hallway seemed to stretch endlessly.

​The moment his hand touched the doorknob, he felt a cold hand grip his shoulder. His grandfather's voice whispered in his ear:

​"You cannot leave, Adam. He who breaks the clock becomes the new hand."


The Shocking Ending

​Adam burst outside and collapsed onto the green grass in front of the house. He breathed a sigh of relief as he watched the sun rise. But when he looked at his hand, he let out a scream of pure terror. His hand was no longer flesh and bone.

​Beneath his skin, tiny brass gears were turning slowly. And when he looked at his shadow on the ground, it didn't move with him. Instead, it moved with mechanical precision—one tick every second.

​He had escaped the house, but he had become a walking clock. Since then, the villagers tell stories of a strange young man who wanders the streets, never aging. But if you get close enough and press your ear to his chest, you won't hear a heartbeat. You will hear the sound of ancient gears saying: Tick... Tock... Tick... Tock.



​"نبض النحاس: سجين الثواني الأخير"

 




بعد ذلك الانفجار المعدني، ساد صمت مطبق، لكنه لم يكن صمتاً مريحاً. كان صمتاً يشبه ما قبل العاصفة.

​الفجر الكاذب

​نهض آدم وهو ينفض الغبار عن ملابسه، التفت حوله ليجد أن المكتبة لم تعد كما كانت. الكتب التي سقطت على الأرض لم تكن تحتوي على كلمات، بل كانت صفحاتها تمتلئ بـ رسوم لمسارات زمنية، وخرائط لنجوم لم يرها أحد من قبل.

​فجأة، لمحت عيناه شيئاً في مرآة قديمة معلقة في زاوية الغرفة. لم يرَ انعكاسه هو.. بل رأى جده واقفاً خلفه تماماً، يرتدي ملابس تعود لقرن مضى، ووجهه هادئ بشكل مخيف.

​الحقيقة المرة

​التفت آدم بسرعة، لكن لم يكن هناك أحد. عندما عاد للنظر في المرآة، كان جده يشير بسباته نحو قلب الساعة المحطم. هناك، وسط الحطام، لم يكن هناك تروس فحسب، بل كان هناك جنين ميكانيكي صغير مصنوع من الذهب، ينبض بضوء خافت.

​أدرك آدم الحقيقة الصادمة: الساعة لم تكن سجناً لكيان شرير فقط، بل كانت جهاز تنفس اصطناعي للزمن في هذه المنطقة. وبتحطيمها، بدأ "الزمن" في هذا البيت يموت ويتعفن.

​الهروب من العدم

​بدأت جدران البيت تتقشر، ليس لتكشف عن طوب أو خشب، بل لتكشف عن فراغ أسود مطلق. بدأ البيت يتلاشى قطعة قطعة. ركض آدم نحو الباب الرئيسي، لكن المسافة كانت تطول وتطول.

​في اللحظة التي لمس فيها مقبض الباب، شعر بيد باردة تمسك بكتفه. همس صوت جده في أذنه:

​"لا يمكنك المغادرة يا آدم.. من يكسر الساعة، يصبح هو العقرب الجديد."


​النهاية الصادمة

​اندفع آدم خارجاً وسقط على العشب الأخضر أمام البيت. تنفس الصعداء وهو يرى الشمس تشرق. لكن عندما نظر إلى يده، صرخ رعباً.. لم تكن يده لحماً ودماً.

​تحت جلده، كانت هناك تروس نحاسية صغيرة تدور ببطء. وعندما نظر إلى ظله على الأرض، لم يكن ظله يتحرك معه، بل كان يتحرك بدقة متناهية.. تكة كل ثانية.

​لقد نجا من البيت، لكنه أصبح هو "الساعة" المشية. ومنذ ذلك الحين، سكان القرية يحكون عن شاب غريب يسير في الشوارع، لا يشيخ أبداً، لكنك إذا اقتربت منه ووضعت أذنك على صدره، لن تسمع دقات قلب.. بل ستسمع صوت تروس قديمة تقول: تيك.. تاك.. تيك.. تاك.

The Sequel: Beyond the Shattered Glass





The Frozen Moment

​Adam stood frozen, his eyes wide with shock, his hand trembling as he gripped the ancient journal. The air in the long hallway suddenly grew heavy and cold, and the dust motes dancing in the sunlight filtering through the window seemed to freeze in mid-air.

​The glass was broken. The massive brass gears were now completely exposed, emitting a strange, pungent scent of ancient oil—a smell unlike anything Adam had ever known.

The Warning Echoes

​He looked down again at the open page in his hand, at the cautionary sentence his grandfather had scrawled in a shaky script:

​"Do not let it tick again... Time is not just numbers; it is a prison."


​The words echoed in his mind. Did his grandfather mean that time itself was trapped inside this machine? Or was the ticking a key that opened a door that could never be closed?

​With a hesitant step, Adam approached the exposed machinery. He slowly reached his hand toward the massive pendulum that had been still for decades. There was no sound except for his racing heartbeat, which seemed to fill the entire room.

The Awakening

​Just as his fingers were about to touch the cold metal, something terrifying happened.

​The sunlight streaming through the arched window shifted abruptly. The golden light vanished, replaced by a sudden, absolute darkness, as if the sun had been extinguished in an instant. It wasn't ordinary darkness; it was a thick, suffocating void that swallowed everything, leaving only the clock face glowing with a faint, ghostly blue phosphorescence.

​And in that moment, amidst the dead silence, the gears began to move.

Tick... Tock... Tick... Tock...

​The sound didn't just come from the clock; it seemed to emanate from the walls, the floorboards, and from inside Adam’s own head. With every tick, the reality around him flickered. The books on the shelves seemed to melt and reform into distorted shapes, and the long corridors stretched and contracted unnaturally.

The Entity Revealed

​Adam stared at the gears in horror and saw something moving within the complex mechanism. It wasn't part of the clock; it was a black, gelatinous shadow, slithering between the cogs and forcing them to turn. Small, glowing red eyes peered at him from between the brass and iron.

​Adam realized, as a bone-chilling cold pierced his body, that he hadn't just broken ordinary glass. He had shattered a barrier between worlds—between different eras of time. The entity his grandfather had been keeping within this "Time Prison" was now free, and the gears were turning to bring the moment of their convergence closer.

The Final Strike

​He tried to retreat, but his feet wouldn't move. The shadow began to crawl out from the broken gears, taking a tall, gaunt shape, a hand reaching out toward him... a hand made of miniature cogs and razor-sharp clock hands.

​In that split second, Adam had only one choice. He threw the journal aside and, with all his strength, grabbed a heavy wooden plank from the floor and slammed it into the heart of the exposed mechanism.

CRASH!

​Brass gears flew everywhere. The pendulum snapped and fell with a thunderous thud. The shadowy entity froze, convulsing as if in pain, and then began to dissipate slowly, letting out a silent scream.

The Aftermath

​The sunlight gradually returned through the window, and the hallway reverted to its natural state. Adam fell to his knees, gasping for air, surrounded by the scattered remains of the destroyed clock.

​He glanced at his wristwatch... it read 3:01 AM. He had succeeded in stopping it, but the price was high. The grandfather clock was completely ruined. But as Adam looked at the shattered clock face, he noticed the hands had vanished entirely. In their place, etched into the wood by the heat of the destruction, was a final message:

"You broke the prison... but Time never dies."


​التتمة: ما وراء الباب الزجاجي المكسور

 


بقي آدم متسمراً في مكانه، وعيناه متسعتان من الذهول، بينما كان يده ترتجف وهي تمسك بالمذكرات القديمة. الهواء في الردهة الطويلة أصبح ثقيلاً وبارداً بشكل مفاجئ، وجزيئات الغبار التي كانت تسبح في ضوء الشمس المتسلل من النافذة بدت وكأنها تتجمد في مكانها.

​لقد كسر الزجاج. التروس النحاسية العملاقة أصبحت الآن مكشوفة تماماً، ورائحة زيت قديم وغريبة تفحت منها، رائحة لا تشبه أي شيء عرفه آدم من قبل.

​نظر آدم مرة أخرى إلى الصفحة المفتوحة في يده، وإلى تلك الجملة التحذيرية التي كتبها جده بخط يده المرتجف:

​"لا تسمح لها بالدوران مرة أخرى.. الوقت ليس مجرد أرقام، إنه سجن."


​تردد صدى كلماته في عقله. هل كان جده يقصد حرفياً أن الوقت محبوس داخل هذه الآلة؟ أم أن الدوران هو ما يفتح باباً لا يمكن إغلاقه؟

​بخطوة مترددة، اقترب آدم من التروس المكشوفة. مد يده ببطء نحو البندول الضخم الذي توقف عن الحركة منذ عقود. لم يكن هناك أي صوت سوى دقات قلبه المتسارعة التي بدا وكأنها تملأ المكان.

​وبينما كانت أصابعه على وشك لمس المعدن البارد، حدث شيء مرعب.

​تغير ضوء الشمس المتسلل من النافذة المقوسة فجأة. انحسر النور الذهبي ليحل محله ظلام دامس وسريع، وكأن الشمس قد أُطفئت في لحظة واحدة. لم يكن ظلاماً عادياً، بل كان سواداً كثيفاً يبتلع كل شيء، ولم يبقَ مضيئاً سوى قرص الساعة نفسه، الذي بدأ يتوهج بضوء فوسفوري أزرق باهت.

​وفي تلك اللحظة، وسط السكون المطبق، بدأت التروس بالحركة.

تيك... تاك... تيك... تاك...

​لم يكن الصوت صادراً من الساعة فحسب، بل بدا وكأنه ينبعث من الجدران، من الأرضية، ومن داخل رأس آدم نفسه. ومع كل دقة، كانت الصورة تهتز. الكتب على الرفوف بدت وكأنها تذوب وتتشكل من جديد بأشكال مختلفة، والممرات الطويلة تمددت وتقلصت بشكل غير طبيعي.

​نظر آدم إلى التروس بفزع، ورأى شيئاً يتحرك داخل الآلية المعقدة. لم يكن جزءاً من الساعة؛ بل كان ظلاً أسوداً، هلامياً، ينساب بين التروس ويمنعها من التوقف. كانت هناك عيون صغيرة، متوهجة باللون الأحمر، تنظر إليه من بين النحاس والحديد.

​أدرك آدم، وهو يشعر ببرودة شديدة تخترق جسده، أنه لم يكسر زجاجاً عادياً. لقد كسر حاجزاً بين عالمين، وبين زمنين. الكيان الذي كان جده يحبسه داخل "سجن الوقت" أصبح الآن حراً، والتروس كانت تدور لتقريب لحظة التلاقي.

​حاول آدم التراجع، لكن قدميه لم تطاوعه. كان الظل يخرج ببطء من بين التروس المكسورة، متشكلاً في هيئة طويلة ونحيلة، ويد تمتد نحو آدم... يد مصنوعة من تروس مصغرة وعقارب حادة.

​في تلك اللحظة، لم يكن أمام آدم سوى خيار واحد. ألقى المذكرات القديمة جانباً، وبكل قوته، التقط قطعة خشبية ثقيلة كانت ملقاة على الأرض، وضرب بها قلب الآلية المكشوفة.

تحطم!

​تطايرت التروس النحاسية في كل مكان. انكسر البندول وسقط بقوة، محدثاً دويّاً هائلاً. توقف الكيان الظلي في مكانه، واهتز وكأنه يتألم، ثم بدأ يتلاشى ببطء وهو يطلق صرخة صامتة.

​عاد ضوء الشمس المتسلل من النافذة تدريجياً، وعاد الممر إلى حالته الطبيعية. سقط آدم على ركبتيه، يلهث بشدة، بينما كانت قطع الساعة المحطمة تتناثر حوله.

​نظر إلى ساعته اليدوية... كانت تشير إلى الثالثة ودقيقة واحدة. لقد نجح في إيقافها، ولكن الثمن كان باهظاً. الساعة العملاقة دُمرت تماماً، ولكن عندما نظر آدم إلى قرصها المحطم، رأى العقارب وقد اختفت، ولم يبقَ سوى نقش صغير على الخشب، مكتوب بآثار الحريق الذي خلفه التدمير:

"لقد كسرت السجن... ولكن الوقت لا يموت أبداً."

The Clock That Stopped at 3:00 AM

 


The Inheritance

​Adam never believed in superstitions, at least not until he inherited his grandfather’s ancient mansion in a secluded mountain village. The house was essentially a massive library covered in dust, and in the center of the main hall stood a gigantic grandfather clock made of dark ebony wood.

​The strange thing was that the clock was frozen exactly at 3:00. Adam tried to move the hands, but they felt as if they were welded to the metal face.

The Hidden Journal

​On his first night, Adam found his grandfather’s journal hidden behind an oil painting. The very last page contained a single sentence written in a trembling hand:

​"Do not let it tick again... Time is not just numbers; it is a prison."


​Adam scoffed at his grandfather’s words. Driven by curiosity, he used a special oil to lubricate the gears. With a forceful shove, he managed to nudge the second hand. Suddenly, the clock sprang to life: Tick... Tock... Tick... Tock.

The Sudden Shift

​As soon as the hands moved, Adam noticed something terrifying. The sound wasn't just coming from the clock; he began to hear a heavy heartbeat thumping from within the very walls of the house!

​He looked out the window and gasped. The village, which had been lit by dim streetlights moments ago, had vanished. In its place was an absolute, suffocating darkness—as if the world outside the house had been erased from existence.

The Confrontation

​The house began to warp. The hallways grew longer, and doors that once led to the kitchen now opened into rooms he had never seen before. Suddenly, the heartbeat in the walls stopped. A tall shadow appeared at the end of the corridor. It wasn't human; it was shaped like the silhouette of the clock, tall and gaunt, with eyes glowing like phosphorescent clock numerals.

​Adam realized his grandfather wasn't insane. The clock was a "lock" holding an ancient temporal entity within the house. Every "tick" brought that entity one step closer to him.

The Decisive Moment

​When the minute hand reached 3:05, a piercing cold swept through Adam’s body. The entity was inches away, whispering in his ear: "Thank you for releasing Time..."

​Thinking fast, Adam didn't try to stop the hands with his strength. Instead, he grabbed the heavy journal and jammed it into the exposed gears. A violent metallic screech echoed through the hall as gears shattered and flew everywhere.

The Aftermath

​Adam woke up lying on the floor with sunlight streaming through the windows. He looked at the clock—it was completely destroyed, its hands gone.

​He ran outside to find the village, the people, and the noise exactly as they should be. But when he glanced at his phone to check the time, his blood ran cold. The screen was black, and across it, in handwriting that matched his grandfather's, were the words:

"You broke the lock... but now, you are the jailer."

​Since 그 night, Adam has never been able to sleep. Because every night, at exactly 3:00 AM, he hears a faint Tick... Tock... coming from inside his own chest.